Une musique générée par IA ? Non, merci.

C’est une question de principe. Une question d’éthique.
L’art devrait rester le territoire de la création humaine.

Oui, mais… qu’est-ce qu’on fait quand l’information arrive après l’émotion ?

Lundi matin. Je scrolle sur Instagram. Une chroniqueuse fait écouter un titre que j’adore de Breaking Rust.

Ce son, je l’ai découvert par hasard sur une playlist Spotify. Le coup de foudre a été immédiat. Je fonctionne ainsi avec la musique : quand un morceau me touche, je l’écoute en boucle, jusqu’à la saturation- ou plutôt jusqu’à la fusion.

C’était une période particulièrement stressante. Cette voix profonde, ce rythme country soul… tout vibrait. Cette musique m’a soutenue et galvanisée. Elle m’a donné de l’énergie, de l’optimisme, l’impression d’être capable de surmonter ce qui m’épuisait. Un soutien inattendu, mais essentiel.

Sur le plateau radio, la réaction est unanime : la chanson charme tout le monde. Je ressens même une pointe de jalousie. C’était ma chanson, mon refuge secret. Je n’étais pas prête à la partager avec des milliers d’auditeurs.

Puis l’information tombe. Brutale : cette musique a été générée par IA.

Je suis sous le choc. Comment une voix aussi incarnée peut-elle être… inexistante ? Comment une émotion aussi vraie peut-elle avoir été provoquée par une entité artificielle ?

Et pourtant, ce morceau existe.
Et pourtant, il m’a bouleversée.

Sur le plateau, les journalistes condamnent. Selon eux, ce titre est une menace pour les « vrais » artistes. La création humaine serait en danger, et notre devoir moral serait de nous détourner de ce type d’œuvres. Un mot revient : boycotter.

Je comprends ce réflexe. Nous avons déjà vu des actrices entièrement générées par IA, plus “réelles” que certaines figures retouchées. Des romans rédigés par IA, dénoncés comme une sous-littérature. Le débat n’est pas nouveau.

Je n’ai jamais été ni une adversaire farouche, ni une adepte enthousiaste de l’IA. Mon opinion a évolué en même temps que mes projets professionnels. Au départ réfractaire, j’ai découvert l’IA comme un outil : rapide, puissant, parfois indispensable. Un soutien technique, pas un rival.
Je l’ai toujours pensée comme une complémentarité, pas une menace.

Mais est-ce encore valable quand il s’agit de création artistique ?

Je pensais instinctivement rejoindre le camp des journalistes : disqualifier le morceau, protéger la création humaine.
Sauf que… c’est trop tard.

Cette musique m’a trouvée.
Elle a déjà rempli sa fonction.
J’ai vibré. J’ai été consolée. J’y ai trouvé une part de force.

Ce morceau fait désormais partie de mon univers musical, et y occupe même une place de choix.
Je ne peux pas faire comme si de rien n’était. Revenir en arrière serait une forme de trahison envers moi-même.

Honorer mes émotions est aussi une question d’éthique.

Alors je m’interroge : qu’est-ce qui définit une œuvre ?
Son auteur… ou son effet ?

J’ai découvert ce titre sans aucun contexte. Sans a priori. Sans débat éthique. Sans discours moral.
J’ai simplement ressenti ce qu’il me faisait.

Apprendre aujourd’hui son origine n’invalide pas l’expérience vécue. Une émotion n’est pas réversible.

Et je ne suis pas la seule à avoir succombé : le titre est numéro 1 aux États-Unis. Ce n’est pas un argument d’autorité, mais cela signifie une chose simple : si des millions de personnes y trouvent quelque chose, alors ce quelque chose existe.

Peut-être qu’opposer création humaine et création assistée par IA, c’est se tromper de combat.

L’IA peut être un outil pour amplifier une intention artistique.
Elle peut permettre à un poète d’entendre sa poésie mise en musique.
Elle peut aider un romancier à devenir son propre illustrateur.
Elle peut offrir à des créateurs sans moyens techniques l’opportunité d’exister.

Je le sais : sans l’IA, ce site, mon travail serait resté un concept, faute de ressources, faute de compétences techniques.

Le monde change vite. Le débat éthique est légitime. La création humaine doit être protégée. Mais la diabolisation systématique de la création assistée ne nous mènera nulle part.

Et si, au lieu de défendre des frontières qui n’existent déjà plus, nous acceptions l’idée d’une collaboration intelligente entre humains et IA ?
Non pas pour remplacer, mais pour décupler.
Non pas pour uniformiser, mais pour ouvrir des portes.

Parce qu’au fond, une œuvre qui touche mérite d’exister.
Et nous ne contrôlons jamais la manière dont une œuvre entre dans nos vies.

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