Ego démesuré ou amour-propre légitime ?

« En amour, pas d’ego ! »
Qui n’a jamais entendu cette phrase ?

L’amour, le vrai, le grand, suppose que l’on abandonne son ego sous peine de tout gâcher.
J’ai longtemps cru à ce précepte. Je l’ai même appliqué consciencieusement. Avec zèle…

Quand on aime, on est prêt à tout pour l’autre.
On s’investit, on s’adapte, on facilite.
On rend la relation confortable.

Si, parfois, le doute s’immisce, on se rassure :
les concessions sont normales au sein d’un couple. On neutralise le doute en l’attribuant à un ego mal placé.
Et comme « en amour, pas d’ego », on accepte de faire un pas de plus.
On initie l’échange après une dispute.
On relance après un silence prolongé.
On maintient le lien, coûte que coûte.

Jusqu’au jour où faire, encore, ce pas, devient une trahison envers soi-même.

On comprend alors que ce que l’on a sacrifié, peu à peu, ce n’était peut-être pas de l’ego,
mais notre amour-propre…

Confondre ego et amour-propre peut détruire une relation. Et soi-même.

L’ego parle d’orgueil, de contrôle, de peur.
Il cherche à maintenir un rapport de force avantageux pour contrer le risque d’humiliation.

L’amour-propre, lui, fixe des limites saines.
Il érige un socle destiné à protéger l’intégrité morale et physique au sein d’une relation.

Confondre les deux, c’est s’exposer à un paradoxe cruel.
L’absence totale d’ego ne crée pas plus d’amour.
Elle crée un déséquilibre.

Maintenir la relation confortable pour l’autre au prix de son propre inconfort envoie un signal clair à notre partenaire : ce sacrifice est acceptable.
Et paradoxalement, cette posture tend à renforcer l’ego de l’autre, tout en creusant notre propre déficit d’estime personnelle.

Une relation ne devient pas toxique du jour au lendemain.
Le glissement est progressif, presque imperceptible.

Quand le doute s’installe, il ne s’agit pas de savoir si l’on est trop fière ou trop exigeante,
mais d’observer la réciprocité réelle.

« Que se passe-t-il lorsque je cesse de porter la relation seule ?
Lorsque je ne fais plus, systématiquement, le premier pas ? « 

Si l’autre ne fait rien, n’initie rien, ne cherche pas à maintenir le lien,
la question n’est plus celle d’un ego mal placé.

C’est le signe d’un déséquilibre structurel dans la relation.

Refuser, alors, de continuer à faire le premier pas, n’est pas une posture d’orgueil.
C’est une mesure de sauvegarde.
Un acte de respect envers soi-même.

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