La vengeance : une étape vers la guérison ?

Quand une liaison amoureuse se termine, il n’y a pas toujours de scène finale.
Pas de rupture officielle.
On fait son deuil en silence.
On avance. On se laisse le temps de guérir.

Et puis, au détour d’un souvenir, la rage surgit.
Pas tant à cause de la rupture elle-même,
mais à cause d’un éclair de lucidité
qui révèle une injustice profonde.

L’asymétrie des sentiments.
Le déséquilibre des dommages émotionnels.

Avoir aimé sans condition un homme indisponible.
Avoir tout donné.
Avoir tout perdu.

Et le voir, lui, mentir, trahir, puis continuer sa vie
comme si de rien n’était.
En toute impunité.

La colère n’est pas toujours explosive.
La rage peut être silencieuse.
Et la tentation de la vengeance devient extrêmement séduisante.

L’objectif n’est pas nécessairement de faire souffrir l’autre,
mais de rétablir quelque chose.
Une vérité.
Une redistribution des responsabilités.
Le refus de porter seule la douleur.

La vengeance offre alors la promesse d’une réparation.
D’une justice, même tardive.

Dans l’absolu, cette idée ne peut être ni encouragée
ni réellement défendue.
La justice, en principe, n’est ni individuelle ni arbitraire.
Mais entre le principe et le vécu, l’écart peut être immense.

La pulsion ne se déclenche pas selon un calendrier.
Il peut s’écouler beaucoup de temps entre le dommage subi
et la rage qui s’impose enfin.

La vengeance paraît si simple.
Les idées viennent naturellement.
Même en tenant compte des contraintes légales,
les possibilités restent multiples.

Il suffirait d’une décision. Une seule.
Pour passer à l’acte.

Alors on projette.
On élabore le scénario.
On règle les détails.
On anticipe les réactions.
On ajuste la stratégie.

Dans certains cas, cette projection suffit.
Le cerveau, berné, libère sa dose de dopamine.
La pulsion se contient
sans qu’il soit nécessaire d’agir.

Dans d’autres, au contraire, la projection nourrit l’obsession
et rapproche dangereusement du passage à l’acte.

Alors, comment résister ?
Faut-il seulement résister ?

La question n’est pas si simple.
Car tout le monde n’a pas la même tolérance
à l’injustice,
à l’humiliation,
à la souffrance.
Ni les mêmes ressources psychiques
pour mettre à distance l’impulsion.

Les spécialistes s’accordent néanmoins sur un point :
lorsque la vengeance est mise en acte,
la satisfaction est le plus souvent éphémère.

Si elle apaise sur le moment,
elle ne répare pas durablement.
Elle peut même éloigner de la guérison recherchée.

Non pas parce que la colère serait illégitime,
mais parce qu’aucune vengeance
ne peut garantir la paix.

Reste alors cette question, intime, inconfortable,
que chacun affronte à sa manière :

Que faire de cette rage
quand elle revient,
quand tout en nous réclame vengeance ?

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