Le midi, je déjeune devant la télé. Les infos ou, plus souvent, une émission de débat diffusée simultanément à la radio.
Je suis déjà intervenue trois fois à l’antenne, en tant qu’auditrice.
La première fois remonte à des années. Le cœur qui palpite. Je tremble. À la radio, ce n’est pas visible. Je tiens mes arguments. Seule ma voix chevrotante trahit le trac.
La deuxième et la troisième sont plus récentes.
Pour la seconde, aucun trac. Juste un frisson d’excitation. Je suis sûre de moi. Je m’impose au cœur du débat. Je suis fière. Je fantasme sur une nouvelle opportunité de carrière.
De la fierté à l’arrogance, il n’y a qu’un pas.
La troisième intervention, c’est la radio qui me contacte directement. La thématique est en lien avec mon passage précédent. J’accepte, flattée.
Je ne m’en aperçois pas sur le moment, mais à l’écoute du podcast je réalise : ce n’est plus de l’assurance, c’est de la prétention pure et simple.
Je ne dis rien à mon entourage, honteuse.
Depuis septembre, je participe à l’écrit sur le WhatsApp de l’émission. Comme un jeu. Je cherche la tournure de phrase, la punchline digne d’être lue en direct. Déjà six messages lus.
Ce midi, j’envoie un message. Il est bon. J’attends de voir s’il sera lu à l’antenne.
Un appel masqué.
Je comprends vite : je suis sélectionnée pour le direct.
Évidemment, j’accepte. Mais le plus surprenant, c’est ma réaction : aucun trac, aucun besoin de m’imposer. Je parle naturellement, détendue.
Un passage naturel. Presque apaisé.
Devenir intervenante récurrente dans ce genre d’émission fait partie de mes rêves professionnels.
Une voix. Un vécu. Une capacité à questionner, réfléchir, analyser. Écrire. Argumenter.
En une seconde, mon imagination s’emballe.
Et si…
