Mercredi 11 mars 2026

Cinq kilos perdus.

Sur six semaines, c’est peu. Mais ce n’est pas rien.

Rester concentrée. Garder la détermination.

Le processus est long. L’objectif s’étale sur des semaines, des mois même. L’année si je manque de rigueur…

De l’extérieur, je ne fais rien que manger et dormir.

Les résultats ne sont pas encore perceptibles.

De l’intérieur, c’est un combat perpétuel. Chaque repas est une bataille. Préserver l’équilibre. Surmonter les compulsions.

Ça m’épuise. Littéralement.

Par moment, l’inertie m’est insupportable. Je ne publie plus. Je ne sais même plus si je veux encore publier.

La lenteur du processus tue mon impulsivité.

Je fuis les interactions. Pas de rencontre. Pas d’échange stimulant.

Parce que je le sais : il suffit d’une distraction, une pulsion, un élan et le tumulte reprend.

J’ai un objectif.  Un pas à la fois. Rien de plus. Rien de moins.

Un moment où il ne se passe rien. Rien de visible. Je l’accepte.

Le temps s’étire. Sans fin.

Le mode pause est activé.

Lundi 9 mars 2026

Le midi, je déjeune devant la télé. Les infos ou, plus souvent, une émission de débat diffusée simultanément à la radio.

Je suis déjà intervenue trois fois à l’antenne, en tant qu’auditrice.

La première fois remonte à des années. Le cœur qui palpite. Je tremble. À la radio, ce n’est pas visible. Je tiens mes arguments. Seule ma voix chevrotante trahit le trac.

La deuxième et la troisième sont plus récentes.

Pour la seconde, aucun trac. Juste un frisson d’excitation. Je suis sûre de moi. Je m’impose au cœur du débat. Je suis fière. Je fantasme sur une nouvelle opportunité de carrière.

De la fierté à l’arrogance, il n’y a qu’un pas.

La troisième intervention, c’est la radio qui me contacte directement. La thématique est en lien avec mon passage précédent. J’accepte, flattée.

Je ne m’en aperçois pas sur le moment, mais à l’écoute du podcast je réalise : ce n’est plus de l’assurance, c’est de la prétention pure et simple.

Je ne dis rien à mon entourage, honteuse.

Depuis septembre, je participe à l’écrit sur le WhatsApp de l’émission. Comme un jeu. Je cherche la tournure de phrase, la punchline digne d’être lue en direct. Déjà six messages lus.

Ce midi, j’envoie un message. Il est bon. J’attends de voir s’il sera lu à l’antenne.

Un appel masqué.

Je comprends vite : je suis sélectionnée pour le direct.

Évidemment, j’accepte. Mais le plus surprenant, c’est ma réaction : aucun trac, aucun besoin de m’imposer. Je parle naturellement, détendue.

Un passage naturel. Presque apaisé.

Devenir intervenante récurrente dans ce genre d’émission fait partie de mes rêves professionnels.

Une voix. Un vécu. Une capacité à questionner, réfléchir, analyser. Écrire. Argumenter.

En une seconde, mon imagination s’emballe.

Et si…

Mercredi 4 mars 2026

L’insolence du soleil. C’est le printemps. Les prémices.  

L’énergie est là, renaissante et pourtant, j’étouffais.

Toujours les mêmes lieux. Toujours les mêmes personnes. Les mêmes conversations. Des habitudes devenues rituels. Un carcan qui m’enferme en douceur et sécurité.

Je suis libre. Rien ne me retient vraiment.

Il fait si beau, je veux respirer.

Un train. Un hébergement insolite : minuscule voilier accosté dans une marina 3 étoiles.

Sur le bateau, je n’ai aucun repère. Je me sens intimidée et gauche.

Je m’abandonne aux sensations.

Le mouvement léger de l’eau quand je déjeune sur le pont.

La vibration des sabots sur le sable au passage des chevaux de course en plein entrainement.

L’odeur de la marina en fin de journée. Indéfinissable… Ça m’évoque l’enfance, les heures de pêche autour d’un étang d’eau stagnante. Lourd et poisseux…  C’est ça !

Une parenthèse hors du temps. Je retrouve la mémoire.

 Il y a trois ans, en Grèce. Le soleil. La mer. Le bateau. Une révélation : une vie ailleurs. Une vie autrement.

J’ai délaissé ce rêve. Pourquoi ? Tout est encore possible.

Samedi 28 février 2026

Quatre semaines écoulées.

J’ai arrêté de tirer sur l’élastique.

Garder mes distances, se forcer au silence…A quoi bon, si cela ne me protège plus ?

J’ai repris contact. Enfin j’ai essayé.

En face, ce n’était plus un homme mais un mur.

Quoiqu’il se soit passé pour lui ces huit derniers mois, mon retour ne faisait pas partie du scénario.

J’ai pris de ses nouvelles. J’attendais un simple : et toi ? comment vas-tu ?

La question n’est jamais venue. Aucune question n’est venue.

Au mieux des réponses brèves. Au pire le silence.

Reprendre comme si de rien n’était…

Suis-je naïve au point de croire qu’un message, même calme, même amical, suffirait ?

Un mois de tentatives. Toutes déjouées.

Il a posé une seule question : est ce que j’ai le droit de ne pas avoir envie ?

Non. Bien sûr que non !

Et pourtant, je lâche l’élastique.

Samedi 31 janvier 2026

Comment est-ce que ça peut être encore aussi dur de faire ma vie sans lui ?

Plus rien ne nous attache.
Ce n’est même plus une ombre.
Et pourtant, il me hante encore.

Je pensais sincèrement que la distance et le silence couperaient tout ce qui me retient.

Huit mois bientôt.
Et l’envie est toujours là.
Ses bras. Sa chaleur.

J’ai l’impression de tirer inlassablement sur un lien élastique qui ne rompt jamais.
Chaque pas que je fais pour m’éloigner ajoute de la tension.
Pas de libération.
Juste une résistance accrue.

C’est peut-être ça, le piège.
Croire que l’effort suffit.
Que lutter est forcément une avancée.

Je suis dans une impasse.
Incapable de vivre dans les limites que cette relation m’imposait,
et sans vie quand elle disparaît.

Combien de temps encore ?
Comment sortir de cette zone d’anesthésie générale ?

Ce soir, je sors.
Ultime geste de révolte.

 La vengeance : une étape vers la guérison ?

Quand une liaison amoureuse se termine, il n’y a pas toujours de scène finale.
Pas de rupture officielle.
On fait son deuil en silence.
On avance. On se laisse le temps de guérir.

Et puis, au détour d’un souvenir, la rage surgit.
Pas tant à cause de la rupture elle-même,
mais à cause d’un éclair de lucidité
qui révèle une injustice profonde.

L’asymétrie des sentiments.
Le déséquilibre des dommages émotionnels.

Avoir aimé sans condition un homme indisponible.
Avoir tout donné.
Avoir tout perdu.

Et le voir, lui, mentir, trahir, puis continuer sa vie
comme si de rien n’était.
En toute impunité.

La colère n’est pas toujours explosive.
La rage peut être silencieuse.
Et la tentation de la vengeance devient extrêmement séduisante.

L’objectif n’est pas nécessairement de faire souffrir l’autre,
mais de rétablir quelque chose.
Une vérité.
Une redistribution des responsabilités.
Le refus de porter seule la douleur.

La vengeance offre alors la promesse d’une réparation.
D’une justice, même tardive.

Dans l’absolu, cette idée ne peut être ni encouragée
ni réellement défendue.
La justice, en principe, n’est ni individuelle ni arbitraire.
Mais entre le principe et le vécu, l’écart peut être immense.

La pulsion ne se déclenche pas selon un calendrier.
Il peut s’écouler beaucoup de temps entre le dommage subi
et la rage qui s’impose enfin.

La vengeance paraît si simple.
Les idées viennent naturellement.
Même en tenant compte des contraintes légales,
les possibilités restent multiples.

Il suffirait d’une décision. Une seule.
Pour passer à l’acte.

Alors on projette.
On élabore le scénario.
On règle les détails.
On anticipe les réactions.
On ajuste la stratégie.

Dans certains cas, cette projection suffit.
Le cerveau, berné, libère sa dose de dopamine.
La pulsion se contient
sans qu’il soit nécessaire d’agir.

Dans d’autres, au contraire, la projection nourrit l’obsession
et rapproche dangereusement du passage à l’acte.

Alors, comment résister ?
Faut-il seulement résister ?

La question n’est pas si simple.
Car tout le monde n’a pas la même tolérance
à l’injustice,
à l’humiliation,
à la souffrance.
Ni les mêmes ressources psychiques
pour mettre à distance l’impulsion.

Les spécialistes s’accordent néanmoins sur un point :
lorsque la vengeance est mise en acte,
la satisfaction est le plus souvent éphémère.

Si elle apaise sur le moment,
elle ne répare pas durablement.
Elle peut même éloigner de la guérison recherchée.

Non pas parce que la colère serait illégitime,
mais parce qu’aucune vengeance
ne peut garantir la paix.

Reste alors cette question, intime, inconfortable,
que chacun affronte à sa manière :

Que faire de cette rage
quand elle revient,
quand tout en nous réclame vengeance ?

Vendredi 23 janvier 2026

99,6 kg.

Comment ai-je pu en arriver à ce stade ?

J’ai relu mes cahiers 2025.
La montée s’est faite par paliers : de 82 à 85, de 88 à 92, de 96 à 99,6.

Les espaces entre chaque palier, ce sont les périodes où je me reprenais en main : régimes éphémères, sport… et où je gagnais trois, quatre kilos en quelques jours.

Le stress.
L’angoisse sourde d’un avenir suspendu à une négociation de divorce.
Une attente. Un espoir qui n’assume pas son nom.

J’ai toujours refusé de considérer le silence comme une réponse.

Personne ne m’a appris à me taire. Au contraire.
Alors le silence, quand il m’est imposé, devient une torture.

Face au silence, j’attends.
Mon cerveau comble les vides en mille interprétations, de la plus plausible à la plus farfelue.
Je peste.
Je fustige la lâcheté.
Je m’épuise.

Aujourd’hui, je comprends enfin.

Plus d’attente.
Plus d’interprétation.

Le silence n’est pas une réponse.
C’est une condamnation.

Mercredi 14 janvier 2026

Le jour d’après.

Un début d’année, un anniversaire…
Ce sont des dates propices aux prises de décisions. Aux actes, même symboliques.

Je cumule les deux.
Les trois mêmes, si l’on inclut la fin réelle d’un cycle avec la conclusion de mon divorce fin 2025.

Mon ex-mari et père de mes enfants aura toujours une place dans ma vie, quels que soient nos différends.
On est parents avant tout.
Sa place n’est pas facultative.

Mais ce n’est pas le cas de cet autre homme.
L’homme que j’aime encore.
Rien ne m’oblige à lui garder une place à lui.

En juin dernier, notre relation a basculé dans un silence pesant.
Une discussion difficile.
Et pour la première fois, mon refus de faire le premier pas de réconciliation.
Lui laisser l’initiative du lien.

Sept mois de silence.
Cela laisse songeur.

Difficile de nier la réalité dans ces conditions.
Et pourtant, je l’ai fait.

Je n’ai pas fermé la porte.
J’ai continué d’espérer.
Un mot.
Un geste.
Une simple pensée exprimée lisiblement.

Jusqu’à hier.
Jour de mon anniversaire.
C’était hier ou jamais. La dernière chance.

Rien.
Rien qu’une absence, assourdissante par son silence.

Alors j’ai eu ce geste : le sortir de mes contacts.
Son choix, mais ma décision.

Concrètement, cela ne change rien.
C’est symbolique.
Je lui ai retiré la place que je lui gardais jalousement.
Sans discours.
Sans euphorie.

Hier, c’était presque facile.
Ce matin, c’est vraiment différent.

Comme une gueule de bois.
Un lendemain de fête.

Ce matin, c’est le vide.
La chute d’énergie.

C’est sans doute la dernière étape.
Et personne ne dit à quel point elle fait mal.

Il faut faire face.
Achever le processus.
Malgré le vide.
Malgré la douleur.

Et surtout, ne plus revenir en arrière.

Mercredi 14 janvier 2026

C’était hier.
Le chiffre est tombé, officiel : j’ai 50 ans.

Ni drame, ni réjouissance.
Un fait chronologique, inévitable.
J’ai bien envisagé de tricher, de travestir le nombre… sans succès.

Finalement, le plus difficile n’est pas le chiffre, mais la symbolique que l’on y raccroche.

Moi, j’y accroche l’image de ma mère.
Vieille avant l’heure.
Trop souvent seule, trop souvent déçue.
Les responsabilités d’une mère célibataire isolée l’ont aigrie trop vite.

Cette image me hante depuis que je suis, à mon tour, sur ce seuil.

Se retourner sur le passé est dangereux.
Je suis parfois si fragile qu’un simple regard dans le rétro peut me faire vaciller.

Et pourtant, depuis quelques années — depuis son décès en août 2023, pour être précise — je me surprends à mieux comprendre ses choix de vie.

Rien, dans l’image que j’ai gardée d’elle, ne concorde avec qui je suis aujourd’hui.
Et pourtant, je lui ressemble. Bien plus que je ne le souhaiterais.

Je partage avec elle un anticonformisme instinctif, une soif de liberté, une succession de choix audacieux.

Regarder dans le rétro peut être dangereux.
Mais ce regard peut aussi être bénéfique.
Il peut offrir cet espace de compréhension tardive que seul le temps autorise.

J’ai 50 ans et un jour.

Je ne suis pas vieille.
Et encore moins aigrie de la vie.

Je comprends enfin mon parcours.
Je maîtrise enfin mon mode d’emploi.

Rien n’est simple.
Et je sais que rien ne sera jamais simple pour moi.

Je l’accepte, apaisée.

Et j’assume cette nouvelle rubrique : Dans le rétro.
Un lieu où l’on se souvient,
où les événements prennent sens.

Lundi 12 janvier 2026

Dans le métro.
Cette semaine, je suis une formation d’initiation au code.

C’est à l’autre bout de Paris.
Alors, pour la première fois depuis des mois, je prends le métro aux heures de pointe.

Cette formation, c’est une bonne chose.

Depuis des mois, je me suis repliée sur moi.
Pour garder le contrôle sur mes émotions.
Pour ménager ma santé mentale.
Pour panser mes plaies…
Tout plutôt que resombrer dans la dépression.

Je pensais avoir réussi.
Sans gloire ni esbroufe, mais une réussite solide.

Et ce matin, dans ce métro, je réalise que je n’ai rien maîtrisé.
J’ai juste anesthésié l’angoisse.

Elle est toujours là.
Vivace.
Dès que je sors de ma zone de confort.
Dès que je quitte mon petit cocon d’écriture.

Mes habitudes, mes rituels m’ont protégée.
Mais ils ne m’ont pas guérie.

J’ai peur.
Rien ne va.

J’ai tellement grossi que je n’ai plus aucun vêtement correct à ma taille.
Je n’assume pas mon reflet dans le miroir.
C’est violent.

C’est mon objectif 2026 : perdre 20 kilos minimum.
Mais là, on est le 12 janvier, et ils répondent tous à l’appel.

En regardant les gens debout autour de moi dans la rame, je me dis :
pour reprendre un emploi salarié, il faudrait que je fasse ça tous les matins.
Et les soirs aussi.

C’est à ce moment-là que l’angoisse a repris le contrôle.

Guérit-on d’un burn-out ?
Guérit-on vraiment,
ou la sensation d’étouffement, de danger imminent,
reste-t-elle à jamais ancrée dans notre système nerveux ?

Encore une fois, écrire me sauve.

Je suis arrivée.