Dimanche 12 avril 2026
Un léger mal à la tête. Mais une soirée sympa.
Un bon rumsteak. Le restaurant habituel. Les convives habituels.
Mêmes conversations alcoolisées.
Deux mois sans voir personne, je croyais qu’ils me manquaient.
Pas tant que ça.
Mes amis vieillissent.
L’un est éteint à cause d’une rupture et des difficultés au boulot.
L’autre peste contre les femmes « trop exigeantes », un brin aigri.
Je ne les reconnais plus.
Le repas traine en longueur. Je m’ennuie ferme.
On passe au dessert. Un homme nous a rejoint.
Brun, cheveux longs, une barbe fournie et entretenue.
Un début de blanchissement. De beaux yeux sombres.
Bonne taille, corpulent tendance embonpoint.
Une allure de métalleux classe.
Un regard. Un sourire. La soirée reprend un peu de couleurs.
Il a cinquante ans. Il ne les fait pas.
Très à l’aise. Une sorte d’assurance tranquille très attirante.
La place manque. Il s’assoit contre moi.
J’apprécie.
Une des jeunes convives semble retenir son attention.
Pourtant, il est plus que charmant avec moi.
Difficile d’évaluer où se porte réellement son intérêt.
Quelque chose me gêne. Pas grand-chose.
Il parle beaucoup de son ex. Et mentionne un peu trop son âge – 27 ans.
Plus jeune que sa propre fille.
Il semble en tirer une forme de fierté.
Papy Rock cherche l’âme sœur. Surtout si elle a moins de trente ans.
Sur la péniche, je ne danse pas vraiment. Je navigue entre les étages.
J’observe.
Chaque salle a sa musique et son public.
Des inconnus, aussi charmants qu’alcoolisés.
Des conversations lunaires.
Des affections aussi spontanées qu’éphémères.
Je suis à ma place.
Je croise Papy Rock régulièrement.
Lui aussi, je l’observe beaucoup.
Le regard à l’affut, il se déplace de l’une femme à l’autre.
La jeune femme du diner, ma copine… et moi.
Hésitation ? Opportunisme ?
Il se rapproche de moi, très proche.
Il me murmure à l’oreille : « je ne sais jamais quand je plais ».
Je souris. Un message ? Peut-être.
Peut-être pas.
Son manège m’amuse,
mais je le trouve de plus en plus pathétique.
Quand la jeune femme le recale – trop vieux,
il reporte son attention sur ma copine et moi.
J’avoue, il me plait.
Pas suffisamment pour que je prenne l’initiative.
Il est temps de rentrer. Je dis au revoir.
Papy Rock semble pris de court.
Il est tard. Je rentre en Uber.
Ce matin, j’ai appris qu’il avait proposé à ma copine de la raccompagner.
Elle a hésité.
Elle a finalement refusé.
Tant pis pour lui. Mauvaise pioche.