Lundi 13 avril 2026
Le vigile m’attend sur la place devant le théâtre.
Il ne porte plus son uniforme.
J’espérais me poser au café, il préfère marcher.
Pourquoi pas.
Il parle beaucoup.
Son français est sommaire.
Son accent m’oblige à me concentrer.
Il pose des questions, mais semble ne rien comprendre à mes réponses.
On marche dans le quartier. Il fait froid.
La conversation est difficile. Il propose de communiquer via Google Trad pour mieux se comprendre.
Sur le moment, cela m’amuse presque.
Il se raconte, sa vie, son travail, son sport.
Il attend que je raconte aussi.
Très vite, je me lasse.
A quoi bon se confier à quelqu’un qui n’a pas les mots pour comprendre l’essentiel ?
Même l’humour se heurte à l’obstacle de la langue.
Je n’avais jamais imaginé devoir recourir à un traducteur pour expliquer une simple répartie.
Ça a pris cinq bonnes minutes…
Et je crois qu’il n’a toujours pas compris que c’était une blague.
Physiquement, il est encore plus impressionnant que je ne le pensais.
Il me dépasse largement, je lui arrive à peine à l’épaule.
Je devine sa musculature à chacun de ses mouvements.
J’aime bien son visage. Souriant, ses yeux verts dorés pétillent en permanence.
On marche toujours. J’ai froid.
Les tentatives pour se comprendre éteignent toute séduction.
Il est hyper respectueux. Trop.
Je ne comprends pas le but de cette rencontre.
Je refuse un énième tour de quartier. « Pourquoi avoir pris mon numéro ? ».
Il est surpris. « Toi et moi : amis ? ».
Je souris, un peu déçue.
L’idée que je vais pouvoir rentrer au chaud me console.
Je sens son regard interrogatif. Il ne comprend pas ma déception.
J’ai un doute. J’explique : « amis = pas de bisou ».
Le niveau de conversation sans le traducteur est vraiment minimal.
En mode toi homme, moi femme.
Il comprend enfin « amis : pas sexe ? Pas dormir ? ».
Je confirme.
Le vigile éclate de rire.
Deux mains sur le col de ma veste, il m’attire contre lui.
Un baiser profond. Aucune ambiguïté.
Je crois qu’il voulait dire « petite amie », pas amie.
On s’embrasse comme deux adolescents. J’aime ça.
Ses mains cherchent mes seins. Je n’ai plus froid du tout.
Mon corps s’éveille.
Tout revient : les sensations, le jeu, la provocation, la sensualité.
Il guide ma main sur son entrejambe.
Définitivement rien d’amical.
Son regard intense, ses baisers de plus en plus intimes.
Je me laisse porter.
Excitée par sa voracité presque animale.
Effrayée aussi.
Il veut monter chez moi.
Je refuse, instinctivement.
Pas ce soir. Je dois réfléchir.
Puis-je vraiment me contenter d’une relation purement physique ?
Parce qu’en dehors du sexe, je ne nous vois aucune compatibilité.
Je le raccompagne à son bus. Un peu coupable.
Il veut que l’on se voie demain soir.
On verra.
J’ai écrit à Mr Connard en rentrant.
Une pensée avant de m’endormir, l’odeur du vigile encore sur moi.