Vendredi 20 mars 2026
8 heures. Dans une voiture de location avec mon ex-mari.
On fait front commun. Enfin. On va chercher notre fille. Elle sera hospitalisée à Paris.
C’est bizarre de se retrouver dans cette situation. Sur une autoroute que l’on a prise tellement de fois pour les vacances chez ses parents.
Trois heures de route. Je lance la conversation. Le ton est détendu, presque amical.
Je prends des nouvelles de tout le monde : ses amis – c’étaient les miens aussi durant nos vingt années de mariage, sa famille – ses parents vieillissent.
Les miens sont morts. Il m’a laissée seule à l’enterrement de ma mère.
Il me parle de son travail. Comme avant, ou presque.
Quand il a branché son téléphone, sa liste d’appels est apparue sur l’écran de bord. Mon nom, factuel, et celui de sa copine, suivi d’un cœur. Gêne réciproque.
Ce cœur me pique un peu, j’avoue. Et si, il aimait vraiment cette femme qui, elle, déteste nos enfants ? Si ça se trouve c’est elle qui a ajouté le cœur… ça devrait m’être égal pourtant.
Sur le trajet retour, notre fille dormait à l’arrière. La conversation était retombée. Lui ne m’avait posé aucune question.
Un point commun à mes ex.
Je pose la question. Je veux savoir pourquoi : désintérêt ou autre chose ?
Il bafouille. Pris au dépourvu. Il a oublié. Je pose les questions inconfortables.
« Je ne sais pas comment. J’ai peur d’être intrusif ».
Cet homme, le père de mes quatre enfants, mon mari sur deux décennies, ignore toujours comment me parler. Comment me toucher. Comment m’aimer, tout simplement.
Il se sent obligé de demander comment je vais. J’ai souri tristement. Je voulais juste comprendre. Je ne répondrai pas.
On arrive à Paris. Direction l’hôpital psychiatrique.
Une heure du matin. On quitte l’hôpital. Sans elle.
Cette impression de l’abandonner… Les larmes coulent enfin.
Mon ex-mari commande un Uber pour rentrer. Il essaie de me rassurer, de se rassurer lui-même. Maladroit. Encore.