Vendredi 27 mars 2026
Le mois se termine. Lentement.
J’ai fait mes comptes. Je termine avec une petite réserve. C’est inédit. Des mois que la précarité m’envoie dans le rouge.
Ma fille s’enlise. Je ne sais pas comment l’aider.
Je réagis mal. Salement mal.
J’aimerais être stable, l’élément sécurisant, le roc sur lequel elle pourrait s’appuyer. Je ne suis qu’un roc errant au milieu de l’océan.
Une journée trop chargée et je m’éloigne. Le temps de retrouver l’équilibre dans le calme.
Ma fille ne me laisse pas m’éloigner. Elle cherche le roc. Et quand je suis stable trop longtemps, j’ai l’impression qu’elle me teste. Elle convoque les failles, met à l’épreuve l’équilibre.
Je gère de mon mieux. Mais je crois que ça ne suffit pas.
Je suis terrifiée à l’idée que son chaos me fasse perdre pied. Il est probable qu’elle ressente cette peur.
Le soir, avec la fatigue, j’ai beaucoup plus de mal à doser mes mots. Ils tombent directs, sans filtre, parfois brutalement.
Je veux me taire. Je veux partir. Aller me coucher, couper le contact. Dormir. Mais elle me retient. Ma fille ne me lâche pas.
Je finis par craquer. Et j’alourdis involontairement sa charge à elle.
Craquer c’est humain. Mais chaque vacillement confirme à ma fille ce qu’elle ressent déjà : elle est un poids pour moi.
Craquer lui donne raison, à elle et à sa voix intérieure. Cette voix qui lui hurle sans cesse qu’elle n’est qu’une merde. Cette voix qui lui susurre inlassablement que la seule issue serait de mettre fin à ses jours.
Chaque appel à l’aide sans réponse, chaque impasse médicale renforcent la force de la voix démoniaque. Comme autant de preuves que seule la voix sait la vérité. Plus qu’un jugement, la voix assène une condamnation.
Je sais la voix.
Je connais son œuvre. Je ne l’écoute plus. Je ne l’écoute plus maintenant.
Et pourtant, j’échoue à déjouer ses funestes plans pour ma fille.
Pire, ma vulnérabilité alimente son jeu mesquin.
Je suis sa mère. Mais je suis aussi une femme en équilibre précaire.
Cette semaine, j’ai échoué. Abus d’aliments gras. Pas de sport.
Et je n’ai pas soutenu ma fille comme elle le méritait.
Ce soir, les enfants partent pour la semaine chez leur père. Je n’ai pas envie de les laisser. Mais en même temps, je dois souffler un peu. Deux soirées de liberté.
J’espère avoir le courage de sortir demain soir.
J’essaie de communiquer avec Mr Connard depuis hier. Sans succès.
Déjà 9 h 30. Je dois rentrer. Ma fille va se réveiller.