Samedi 14 mars 2026
Ma fille va mal. Très mal.
Comment j’ai pu autant merder ? Je ne reconnais plus grand-chose d’elle aujourd’hui.
Elle me parle de ses démons, je m’égare dans le passé.
Diagnostiquée dès le CP d’un trouble du langage écrit, son enfance n’a été que travail acharné et prise en charge orthophonique. Elle ne lâchait rien, animée par une détermination inébranlable.
La course pour assurer les deux rendez-vous d’orthophonie par semaine. Les discussions difficiles avec les enseignants, surtout ceux qui ignoraient tout des adaptations à mettre en place. La détresse dans les moments de découragement.
J’étais là, à ses côtés, à chaque instant.
Elle me semblait si forte. J’étais si admirative.
Face à tant de courage et mue par mes propres traumatismes, je lui donnais l’admiration et les encouragements que je n’avais jamais reçus de ma propre mère.
Aujourd’hui, je découvre l’envers du décor. Sa lecture, à elle de cette période.
Ce n’était pas un soutien, c’était une pression écrasante. Elle s’est épuisée à être digne de ces louanges dithyrambiques. Au fond elle, elle ne ressentait rien de cette force que j’admirais tant. C’était le contraire.
Mon attitude a donné naissance à un profond sentiment d’imposture chez elle.
Ma fille se blesse. Volontairement. Elle me parle. Je sais qu’elle a besoin de moi.
Mais quoi dire, quoi faire ? Si le fond de ma pensée m’échappe, mes mots la blesseront bien plus profondément que toutes ses scarifications.
Je croyais bien faire. Je croyais faire mieux que ma mère. J’ai fait pire.
J’ai toujours pensé que certaines femmes ne devraient pas être mère. Ma mère était l’une de ses femmes.
Je crois que moi aussi. Trop tard. Ils sont quatre.