Dimanche 22 mars 2026
Après des heures d’attente et une nuit passée aux urgences, ma fille a été transférée à l’HP du secteur. Un cauchemar, vécu en direct grâce au téléphone.
L’arrivée au centre vers 21 heures. Un résident en pleine crise psychotique. Le personnel débordé. Une visite sommaire des lieux en demi-pénombre.
Son ressenti immédiat : que des hommes, des « fous du bus ». Elle trouve refuge dans sa chambre. Un homme ouvre la porte, quelques secondes, et repart.
Ma fille a peur. Elle est en panique. Son père et moi, totalement impuissants à la rassurer.
Sa panique est contagieuse. Et si elle était en danger ?
L’univers psychiatrique en France est violent. On le sait. Vaguement. Et pourtant, on a fait confiance.
Son père appelle le service. Sa voix porte.
A travers le téléphone, j’entends l’infirmier entrer dans la chambre de notre fille. Pas aimable, mais présent.
Je reste là. Une voix douce, aussi rassurante que possible. J’attends avec elle, elle doit rencontrer le médecin de garde.
Avec elle, je temporise. Mais intérieurement, je deviens folle. Je mets déjà mes chaussures pour aller la sortir de cet enfer.
Le médecin arrive enfin. Ma fille raccroche. Elle rappelle vingt minutes plus tard. En pleurs.
Le médecin de garde a remis en cause le diagnostic. Il change totalement le traitement. En quinze minutes d’entretien à 23 heures.
Ma fille venait pour stabiliser son traitement actuel. On la force à prendre de nouveaux médicaments, contre son gré.
La violence du processus est indéfendable. L’impact sur notre fille est irréversible. Elle veut en finir.
Et je ne peux rien faire. Juste attendre que la nuit passe et aller la chercher demain à la première heure. Avec son père, ensemble, soudés.
Comment faire confiance à un système de santé où chaque psychiatre rencontré défend un diagnostic différent du précédent.
Et pendant ce temps, ma fille s’enfonce.
Cette semaine, elle sera chez moi.
Je pose un cadre simple : lever avant 10 heures. Temps d’écran limité et marche quotidienne.
Un cadre pour elle, mais aussi pour moi.
Elle est sortie contre avis médical. C’est une lourde responsabilité.
Je suis terrorisée. Je ne dois pas me perdre dans ce processus. Mon cadre. Mes priorités.
Je suis au café ce matin. J’écris. Unique rempart.
Mais il est déjà tard. Je dois rentrer. Être présente quand elle se réveille.
Ce matin, je pèse 94,4 kg.
Mr Connard, son image, sa réalité s’estompent.
Il n’a aucune place, aucun rôle dans ma vie.
Je ne l’avais jamais ressenti aussi clairement, je crois.