Mardi 24 mars 2026
Au café. Devant l’ordinateur.
Canaliser le chaos. Maintenir mes habitudes.
Un pop-up. Notification du cloud. Vous avez un nouveau souvenir.
Un selfie. Moi et Mr Connard enlacés. La Géode en fond. Notre première photo ensemble.
Une si belle journée. Mr Connard avait fait un aller-retour imprévu pour nous offrir cette journée, cette nuit.
Mon cœur bat plus fort face à cette photo. Le souvenir de cette journée me hante depuis notre séparation.
J’ai tellement lutté pour oublier ces moments. Avoir touché du bout du doigt une vie idéale avec un homme parfaitement imparfait mais si compatible avec mes propres failles.
Cinq ans. Déjà cinq ans.
Des bulles de bonheur. Moments suspendus, imprévisibles. Le manque, les espoirs, les désillusions, la jalousie, la désespérance…
Cette photo, elle incarne tout ça, à elle seule. Réminiscence d’un bonheur injustement avorté.
Aujourd’hui, il n’en reste rien. Pas même un « bonjour, comment vas-tu ? »
Je refuse de me souvenir. Ce temps est révolu et peu importe que la plaie saigne encore.
Ma fille a besoin de moi.
Dimanche soir, elle a supplié pour que je lui rende sa lame de rasoir. Marquer son corps la soulage.
Et j’ai hésité. L’hésitation est une violence inouïe. Le médicament a fini par l’assommer.
Me laissant seule avec les doutes. Comment la sortir de là ?
Je répertorie toutes les possibilités. J’aboutis invariablement à une impasse.
Prisonnière de cette boucle mentale, je ne peux pas me souvenir du 24 mars 2021.
Je dors bien. Trop bien. Un sommeil profond qui empêche la vigilance pour ma fille. Ça m’angoisse.
Je lutte pour rester calme et rationnelle.
J’ai changé. Mes angoisses prennent encore le dessus. Mais elles ne me contrôlent plus.
Elles sont là, elles s’expriment. Et je les écoute maintenant. Elles n’ont plus besoin de hurler. Je les accepte. Je les libère.
Même mon corps se rebelle : après deux mois d’absence, mes règles ont débarqué dans l’après-midi. J’espérais en avoir fini avec cette période de ma vie.
Mon poids remonte en conséquence. Frustrant. Mais je ne lâche rien, au contraire. Mais ça complique encore. Pas de sport avant jeudi.
Non, je n’ai pas le temps de penser au 24 mars 2021. Ni à Mr Connard.